Situation 97 // La suite
"Enfin il fut devant le Ver Meer, qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l’un des plateaux, sa propre vie, tandis que l’autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu’il avait imprudemment donné le premier pour le second."
Marcel Proust, La Prisonnière, Paris, Gallimard, 1925.
Tout est une question de mesure sans doute. Entre le désir de lumière et de chaleur d’un Sud lointain et la pertinence des moyens mis en œuvre, l’usage de la couleur en façade est aussi une manière de révéler la lumière propre à une latitude. La quantité n’est évidemment pas synonyme d’une plus grande "chaleur" et ne vient que souligner la dureté d’une ville froide et grisonnante. Cet effet carnaval, ajoute à la situation relativement ingrate du quartier une touche comique.

